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Pratique de taxi-moto : une activité à hauts risques, qui absorbe les jeunes diplômés

Des taxi-motards au rond-point de Matoto/Photo (c) Boubacar Barry

 

Ces véhicules inondent le pays notamment la capitale Conakry.

Au jour le jour, l’usage de taxi-moto gagne du terrain. Si cette pratique était vers 2011 une activité réservée par la vie aux personnes de conditions modestes, de nos jours c’est devenue un métier honorable quand ce sont des étudiants diplômés qui ont tenté en vain de défoncer les portes de l’emploi qui y trouvent le bonheur. En 2012, les taxi-mots n’étaient visibles que sur les carrefours menant à l’intérieur des quartiers les plus enclavés comme Hafia et autres, aujourd’hui, tous les ronds-points des principaux axes routiers sont envahis par les taxi-motards. Une centaine de jeunes au moins, 200 ou plus parfois y compris des étudiants sont trouvés dans chaque arrêt exerçant cette activité.

Les raisons de cette prolifération qui va crescendo :

Plusieurs raisons expliquent la prolifération des taxi-motos : le très difficile accès des jeunes diplômés à la fonction publique (manque d’emplois), la pauvreté généralisée, les embouteillages, l’enclavement des quartiers, etc. Diplômé de l’Université de Sonfonia en 2016 en Concentration et Administration publique, le jeune Léno, 28 ans, pratique ce métier malgré lui : «vu la conjoncture d’aujourd’hui, vu le manque d’emploi, pour ne pas m’asseoir à la maison, bras croisés, j’ai choisi de faire le taxi-moto pour subvenir à mes besoins quotidiens», se lamente-t-il, stationnant au rond-point de Matoto en attente de clients. « Depuis que j’ai fini mes études en 2015 par un diplôme en sociologie de l’université de Kankan, j’ai tant fait des stages par-ci par-là mais vu qu’il n’y a pas de suite favorable et ne voulant pas rester dans le quartier et tendre la main, j’ai accepté ce métier », les plaintes de Sidiki Condé 28ans, stationnant à Château-Rails, dans la commune de Ratoma.

Organisation de la corporation :

Ces corporatistes sont organisés différemment selon les points de stationnement : à Matoto et à T6, l’uniforme n’est pas exigé et les frais d’intégration sont respectivement de 250.000 gnf et 430.000gnf, à Châteaux-rails, le port de l’uniforme est une exigence et les frais d’intégration sont de 340.000 gnf.

Des conditions d’exercice pénibles et un métier à hauts risques :

Pour assurer leur survie, ces jeunes sont obligés de braver les intempéries et les risques d’attaques à mains armées. A chacun son temps de travail qui lui convient, les motards stationnent et roulent sous un soleil ardent et sous la pluie pendant la saison et à des heures tardives au-delà de mi- nuit en transportant leurs clients même à l’intérieur des quartiers les plus dangereux de Conakry. « Puisqu’il faut vivre.. », a dit dans la nuit du vendredi 27 avril un jeune diplômé sans emploi qui transportait sa cliente à 2 heures du matin vers un coin à Matoto, réputé extrêmement dangereux. Ils sont souvent victimes de braquages et d’assassinats et parfois, en pleine journée dans des zones moins fluides. Deux taxis motards d’une vingtaine d’années dont un étudiant ont été tués par des bandits armés dans la nuit du 24 au 25 mars 2018 à Tobolon dans la commune urbaine de Dubreka.

Combien gagnent-ils par jour ? Tout dépend du courage et de l’engagement de la personne. Les jeunes embauchés gagnent 30.000 à 40.000 gnf parce que financièrement incapables de s’acheter une moto qui coûte 7.200.000 gnf. 80.000 à 100.000gnf pour ceux qui travaillent pour eux-mêmes. Mais tous sont fréquemment victimes de racket par des policiers corrompus, même lorsque tous leurs dossiers administratifs sont au complet et les conditions d’exercice remplies, « les policiers nous fatiguent, ils abusent. Ils nous retirent souvent une partie des miettes qu’on gagne».

En Guinée, le très difficile accès à l’emploi public contraint les jeunes diplômés à pratiquer le taxi-moto, le taxi-auto ou le commerce. Ne sont organisés périodiquement que des concours de recrutement par département où pour être admis il faut être « recommandé » ou « débourser de l’argent». Dans le privé, les stagiaires se lassent par des mois ou des années de stage et finissent par abandonner. Rappelons que le dernier concours de recrutement général à la fonction publique date de 2005, un concours organisé par le ministre Alpha Ibrahima Keira dont les résultats ont été publiés deux ans plus tard en 2007 par le premier ministre Lansana Kouyaté, à l’issu duquel 12.000 jeunes diplômés sont engagés dans la fonction publique.

 

Boubacar Barry pour le Podcastjournal.net

655 759 688

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