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Dissensions entre communautés : Le parcours sinueux d’un jeune Soninké

Je m’appelle Yaya Dramé :

Je suis guinéen et d’ethnie soninké mais je ne parle que le malinké car ma communauté est minoritaire dans le village où elle s’est installée avant l’indépendance. Musulman, je suis né le 22 avril 1989 à Conakry.

Etudes scolaires et supérieures :

En 1996, mon père est décédé et je me suis installé avec ma sœur et ma mère au village à watala dans la sous préfecture de Konindou où j’ai fait mes études secondaires puis à Conakry au lycée sainte marie. J’ai effectué mes études universitaires à la faculté de Droit de l’Université Kofi Annan de Guinée où j’ai obtenu le master 1.

Réalité accablante pour bon nombre de jeunes guinéens diplômés :

Dur de trouver un emploi correspondant à la formation universitaire, je suis retourné au village en 2012 pour gérer l’exploitation familiale en pratiquant l’élevage et agriculture.

 Rivalités entre malinkés et soninkés :

La communauté majoritaire dans mon village à Konindou est malinké et il existe quelques contradictions entre nos deux communautés car ils nous reprochent d’occuper des terres qui leur appartenaient auparavant.

 L’arrivée de la mission catholique exacerbe les tensions entre les communautés:

Mes problèmes commencent, avec l’arrivée à watala en début d’année 2015, d’une mission catholique dans les domaines du développement et de l’éducation ; la délégation shaloum de la mission sant Egidio. Une arrivée qui suscite de mouvements hostiles, malinkés. La communauté soninké était plus intéressée par leurs propositions de développement auxquelles j’étais personnellement favorable. J’ai eu un rôle d’intermédiaire entre la Mission et les villageois pour que ces derniers comprennent les bénéfices qu’ils pourraient tirer de cette coopération favorables au développement. Mais les gens craignaient que les chrétiens ne fassent de l’évangélisation. J’ai tenté d’expliquer l’intérêt qu’il y aurait pour le village de disposer d’une école et d’un dispensaire.

Aux vues des réticences de la population, la mission a décidé de s’éloigner mais a demandé aux villageois intéressés de continuer la sensibilisation. J’ai continué à insister sur les bénéfices d’une telle coopération mais sans succès. J’ai commencé à être harcelé par des membres de la communauté malinké qui m’accusaient de favoriser l’invasion du village par les structures étrangères. Ils ont dit que les terres que nous occupions leur appartenaient à l’origine et qu’ils pourraient nous les reprendre. Ils ont également proféré des menaces sur notre bétail. On nous a également empêchés d’occuper nos places au marché hebdomadaire et donc de vendre notre production.

Août 2015 – févier 2016 :

Le conseil des anciens et le chef du village sont malinkés. Nos plaintes n’étaient jamais reçues. Nous avons décidé d’alerter les autorités de la sous préfecture. Nous n’avons jamais été reçus par les responsables. Les menaces se sont aggravées, mon grenier a été incendié, mon champ a été pillé entre décembre 2015 et janvier 2016. Ma case a été incendiée en février 2016. J’ai porté plainte auprès des anciens mais en vain. Une partie de mes terres m’a été reprise durant cette période. Les terres sont transmises de manière coutumière et il n’y a pas de titres de propriété.

Je n’ai aucun moyen d’obtenir justice et réparation de la part des autorités coutumières. Ma communauté est considérée comme exogène dans mon village. Certains musulmans dogmatiques me reprochent en outre de collaborer avec une organisation chrétienne. Ma sœur est décédée lors de son accouchement le 15 décembre 2014. Comme leur père est polygame, j’ai demandé à ce que mes deux neveux me soient confiés, ce qui a été accepté. Mais suite à mon départ du village, ils se sont retournés chez leur père.

De l’exil :

En mars 2016, j’ai quitté le village. Je suis allé à Kindia où j’ai résidé environ deux mois pour préparer mon voyage en France. J’ai obtenu mon passeport et un visa m’a été délivré par l’ambassade de France à Conakry. Je suis parti le 2 juin 2016 pour Paris.

J’ai voyagé avec un compatriote Guinéen qui m’a invité à m’installer temporairement chez lui à Liège. Les choses se sont très mal passées avec son épouse. Les membres d’une association locale m’ont recommandé de déposer une demande d’asile. Les autorités belges, m’ont dit que je relevais d’une procédure Dublin le 09 juin 2017, j’ai donc été renvoyé en France.

 

 

 

 

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