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Prévenir les catastrophes en Guinée, une question de responsabilité ? (Par Ousmane Gaoual)

Des glissements de terrain dus à des pluies torrentielles ont fait plus de 300 morts chez nos voisins de la Sierra Leone le 14 août. Près de 600 personnes sont toujours portées disparues. Sans parler des dégâts matériels. Une tragédie qui nous interpelle à plus d’un titre. D’autant plus que notre capitale Conakry a beaucoup de similitudes avec la ville martyre de Freetown. D’ailleurs, l’éboulement de la décharge de Dar-Salam a causé au moins 5 morts ce mardi 22 août, à Conakry. A voir ce drame, la première question que tout guinéen conscient se pose, c’est celle de savoir si nous avons tiré des enseignements de cette tragédie ? Ou du moins, est-ce que nous sommes à l’abri d’une telle catastrophe ? L’habitat, un ministère dormant ! Et en attendant la réponse à ces questions, il faut tirer la sonnette d’alarme, à l’attention de l’exécutif de façon générale et particulièrement le ministère de l’habitat. Ce département tant porté vers la destruction doit penser à construire maintenait, en admettant qu’il a longtemps failli à ses devoirs et ignoré ses prérogatives. Ce qui ne doit pas être de la mer à boire. Il lui suffit de jeter un coup d’œil sur les immeubles et autres bâtiments qui pullulent dans la capitale guinéenne et les zones urbaines qui l’entourent. Avec des anciennes carrières qui sont sans aucune sécurité aucune, y sont transformées en zone d’habitation. Dans les marécages et autres bordures de mer, sont érigées des constructions sans norme aucune. La presqu’île de Kaloum et sa proche banlieue sont victimes d’une agression sauvage et sans précédent du côté de l’océan. De la Dixinn à Kaloum, passant par Matam et Koléah, toute la corniche est livrée à des opérateurs immobiliers sans scrupules. Et dans l’anarchie la plus totale, avec des constructions tellement désordonnées qu’il est tout à fait légitime d’admettre que rien n’est fait pour nous mettre à l’abri d’une tragédie de la même nature que celle qui vient d’endeuiller le peuple frère de la Sierra Leone. Et l’inondation dont le ‘’prestigieux’’ et prisé hôtel Sheraton a été récemment victime en est un exemple illustratif de ce risque lié aux constructions anarchiques et à l’invasion de la mer. Elle est également une preuve suffisante qu’aucune politique d’urbanisation n’a été élaborée dans notre pays. Et pourtant son histoire récente, notre pays a enregistré un événement qui aurait dû être pris en compte. En effet, dans ma préfecture Gaoual, le monde se rappelle encore du tragique tremblement de terre qui nous a brutalement réveillés en 1984. Mais hélas aujourd’hui, l’Etat ne prend aucune mesure qui tienne compte des risques sismiques. Il vend des permis comme des cacahouètes, sans aucune analyse préalable du sol. Il ne prend aucune mesure pour s’assurer du respect du minimum de normes au niveau des chantiers. A plus forte raison pour régler les problèmes d’accès pour ce qui est parcelles destinées à l’habitation. L’aménagement du territoire…. pour la politique !

A propos du ministère de l’Aménagement du territoire, il est occupé à faire de la politique au servir d’un pouvoir moribond auquel son chef de département même ne croit pas. Les services décentralisés dépourvus de moyens se contentent de distribuer des terrains à des citoyens désespérés avec la complicité des agents sans scrupules et sans aucun respect des lois en vigueur. Ainsi, des parcelles ‘‘dangereuses’’ sont allouées à des citoyens désespérés qui sont prêts à tout pour obtenir un terrain. Y compris à verser des pots-de-vin. Une justice absente…. Le pire dans tout cela, c’est que la justice ne fait rien non plus pour améliorer la situation. Elle traite les affaires de foncières avec mépris, si ce n’est sur fond d’affairisme outrancier. Parmi les astuces de cet appareil tordu dont les réformes cosmétiques n’ont fait qu’aggraver la situation, l’ajournement et l’allongement inutile des procès. Des litiges qui devraient normalement être réglés en un mois où deux se prolongent trois ans. Pendant une éternité parfois et souvent aux dépens des propriétaires légitimes. C’est ainsi que, pendant que les dirigeants sérieux font de la répartition inéquitable des terres une préoccupation, les nôtres ne cherchent qu’à se remplir les poches, pensant assurer leurs arrières alors qu’en réalité elles ne font que les exposer. Si non comment quelqu’un peut-il se retrouver avec 200 hectares de terres qu’il n’a jamais achetés ? Nos tribunaux doivent se réveiller et offrir une protection aux citoyens. Si non nous allons tout droit vers une crise inéluctable. Surtout que le contexte dans lequel nous vivons se passe de commentaire : absence de perspective, persistance de la crise politique, conflits sociaux latents… avec des répercussions sur notre système éducatif, sur notre économie. Sans épargner les jeunes sournoisement poussés à l’exile ou soumis à une exploitation égoïste d’un gouvernement sans scrupule, occupé à servir les ambitions narcissiques et capricieuses d’un autocrate qui rêve de s’éterniser.
Ousmane Gaoual

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