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Interview : ‘’la musique que nous, nous faisions était une musique d’éducation’’, dixit lenké Condé

Dans cet entretient exclusif accordé à la rédaction de GO AFRICA ONLINE, M. Ninké Condé, artiste et musicien guinéen nous parle de son parcours, de ses moments difficiles en tant que guitariste, l’avenir de la musique guinéenne, les goûts du métier….

Lisez :  

– Bonjour M. Condé ! Présentez-vous à nos lecteurs !

-Bonjour ! Moi je m’appelle Ninké Condé, guitariste soliste de l’orchestre, membre fondateur de l’orchestre Keletigui, arrangeur-compositeur, chef d’orchestre depuis 2007 et confirmé après la mort de Keletigui Traoré qui était le chef d’orchestre de cette formation qui part des années « 59 » jusqu’ à nos jours.

Pourriez-vous nous donner un briefing de votre parcours ?

Lors de la première anniversaire de notre indépendance, en 1959, le président Ahmed Sékou Touré invita la très grande formation qui était le ‘’Tempos Band ‘’du Ghana. La prestation de cette formation ghanéenne a redonné aux jeunes qui étaient présents le goût de la musique .Et c’est ainsi que Keletigui Traoré et moi avons crée cette petite formation de fortune au départ dans les quartiers et nous avons fait venir dans un premier temps quatre autres musiciens pour en faire six …Et par la suite comme beaucoup de groupes à l’epoque,nous étions régis par l’Etat ;le régime d’ Ahmed SEKOU Touré, le premier président de la République de Guinée qui a apporté tout son savoir, toute sa connaissance au profit de la culture guinéenne en général et en particulier la musique guinéenne. Alors nous avons été logé par le régime au ‘’ Climat de guinée ‘’ qui devient plus tard ‘’ le Jardin de Guinée ‘’. Nous avons fais beaucoup de pays africains et certains pays socialistes européens : la Yougoslavie, la Tchécoslovaquie, la Russie…puisque, vous savez à l’époque la Guinée était fermée à l’occident.

Parlez-nous des débuts de votre carrière musicale ?

En 1959 après le départ des colons, le régime SékouTouréen a estimé qu’il fallait rompre avec la musique étrangère : le tango, le blues, le valse, le chachacha,… et la politique de la Révolution guinéenne a mobilisé toute la jeunesse de la JRDA autour du slogan ‘’musique guinéenne’’. Une école des cadres du parti regroupant tous les jeunes aspirant à devenir artistes a été créée à cet effet. Sélectionné vers l’âge de dix sept ans pour intégrer cette école, la chance m’a souri quand j’ai rencontré le grand Kélétigui Traoré, qui, pendant l’ère coloniale était le seul guinéen sélectionné par la Formation française basée à l’hôtel de France pour jouer et travailler en qualité de musicien auprès d’elle, qui jouait plusieurs variétés de musiques. Deux au départ, nous avons sélectionné autour de nous certains éléments motivés pour faire un groupe de six musiciens. Aussitôt vers les années’’ 60’’ nous avons commencé à jouer dans les petits bars tel que ‘’la canne à sucre’’ à Sandervalia.

Vous étiez guitariste ?

Oui, j’ai choisi la guitare que j’ai aimée de tout mon cœur qui m’a alors réussi. Guitariste soliste, j’ai été aussi compositeur.

La guitare, vous a-t-elle procuré un goût, j’imagine ! Parlez-nous un peu

La vie, c’est une question de ce que l’on peut sentir ; moi j’ai trouvé la guitare parmi tant d’instruments de musique, quelle que chose que j’ai aimé. Le son m’a appelé j’ai répondu favorablement, j’ai adhéré et j’ai commencé à l’apprendre tout jeune. Dieu m’a ouvert le chemin en faisant de moi un guitariste, de surcroit, un soliste et en me donnant la force et la sagesse de créer l’orchestre Kélétigui en compagnie du grand frère Kélétigui Traoré, puisque, comme on le dit souvent, si vous tendez la main à Dieu Il vous donne exactement ce que vous avez demandé.

Qu’est-ce qui est le plus gratifiant dans votre pratique de la musique ?

Je retiens singulièrement deux choses dans ma vie ; la première des choses, en dehors des multiples voyages que j’ai effectués dans le cadre des échanges cultuels, en 1978, il ya eu le festival international de la jeunesse et des étudiants à Cuba .Alors nous sommes parti d’ici pour Oran à Alger à bord d’un avion et nous avons emprunté un grand bateau du général Nakimov de Oran jusqu’à la Havane en passant par le détroit de Gibraltar. Mais je vous dis dans ce bateau qui abritait 6000 passagers, en pleine mer, pendant quinze jours à l’allée et quinze jours au retour de Cuba, les différentes nations qui devraient représenter leur culture à la Havane étaient invitées toutes les nuits à se produire sur le pont pendant trois à quatre heures de temps. Alors pendant un mois, chaque nuit, nous étions conviés à monter sur le pont et se produire pour livrer le message de notre nation et de notre culture. En plus, il ya un mystère que j’ai vu à Leningrad Saint-Pétersbourg à l’occasion des nuits blanches de Leningrad, vous entendez parler de ça tellement, trois jours d’affilée il ne faisait ni nuit ni jour. Dans mon parcours, je ne trouve pas plus gratifiant que ces deux événements.

Qu’est –ce qui a été le plus difficile ou les difficultés que vous avez rencontré dans l’exercice de votre métier ?

Bien sûr, comme tout autre métier dans la vie, ce n’est pas facile. Imaginez vous le matin on sort pour aller à la répétition vers 10heures et arrêter la répétition à 15 heures et à partir de 20heures on se transporte dans les différentes promotions culturelles pour jouer de 22heures jusqu’à 4heures du matin. Parfois on nous reproche aussi d’avoir mal interprété tel personnage ; donc il ya eu tout ce stresse dans la tête. Ce ne peut alors être facile que lorsqu’on y mette tout le cœur et tout l’amour ; ce qui m’a permis de faire de la musique ma carrière et de toucher le sommet.

Comment voyez-vous l’avenir de la musique en Guinée ?

Moi je crois que si les moyens requis sont donnés aux artistes de faire ce que ce peuple veut il nous reste beaucoup de choses à revoir. La musique guinéenne de nos jours est devenue générationnelle ; ce que nous nous avons fait hier et ce qui se passe aujourd’hui c’est un peu dos à dos .Nous anciens ne faisions pas la musique pour un retour en argent mais nous étions très motivés parce qu’il fallait répondre à l’appel d’un homme qui aimait son pays et qui voulais que ce pays soit connu particulièrement à travers sa culture et son sport. Nous faisions à cet effet une musique d’éducation ; une forme d’expression par laquelle on livrait des messages à la population : halte au complot, halte à l’alcoolisme, halte au vol, etc. Nous aidions de ce fait les milices qui étaient là à travailler toute la nuit dans leur tache afin d’empêcher les jeunes de tomber dans la dépravation. La musique ‘’urbaine’’ de la jeunesse actuelle est donc différente de ce que nous autres avons connu dans le temps. Cette musique est à revoir dans le contenu et pour qu’elle puisse être dans le concert des nations, je crois que les autorités doivent y mettre beaucoup de considération et surtout de moyens à la disposition de la culture en général afin de permettre à celle-ci de raisonner fort dans le monde comme au temps des ensembles nationaux de l’ancien régime : les ballets africains, les ballets djoliba, les keletiguis, les benbeya zaz…

Quel message voulez-vous passer à la population guinéenne ?

J’ai annoncé un peu plus haut que nous étions des messagers qui ont travaillé pour le pays dont régime qui était là, le régime d’Ahmed Sékou Touré a fait de nous des fonctionnaires assimilés à des cas de production et nous étions régulièrement payés mensuellement comme tous les autres cadres de l’administration. J’aimerais qu’on demande à cette autre génération de se battre et surtout de faire de cette musique une très bonne musique que les gens puissent mieux comprendre et éviter des mots ou expressions déplacés qui n’ont guère leur place dans le développement de la culture. La jeunesse actuelle admire beaucoup cette musique ‘’urbaine’’ dans laquelle on écoute souvent des discours déplacés et aujourd’hui le monde est relié par la communication des sons et images ; il est donc nécessaire d’éviter ces travers sociaux en s’appliquant à fond pour faire de cette musique ‘’urbaine’’ une musique de bien.

Quel âge avez-vous M.Condé ?              

Au jour d’aujourd’hui j’ai mes 78ans.

Très fatigué, est-ce que vous continuer aujourd’hui votre métier ?

Je suis atteint de cécité et ensuite je suis frappé par la maladie de parkinson donc j’ai toutes ces deux grandes maladies là, mais bon ! Être aveugle ne veut pas dire qu’on ne peut pas faire de la musique mais atteint de la maladie de parkinson, je ne peux plus jouer de la guitare parce que j’ai les mains qui tremblotent.

Maintenant que vous avez servi l’Etat, vous avez représenté la Guinée dans le monde, aujourd’hui malade, est-ce l’Etat vous accorde une assistance ou bien vous vous sentez abandonné ?

Le président Ahmed Sékou Touré avant sa mort nous a affecté les dancings que certains des formations nationales ont vu être dépossédé. Quant à moi jusqu’en ce moment où je vous parle, je bénéficie un tout petit peu des avantages des revenus de la Paillotte qui était attribuée à l’orchestre Kéletigui par le président Ahmed Sékou T ouré.

Interview réalisée par BOUBACAR BARRY pour GO AFRICA ON LINE

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